SCHUSS ! 

Nicolas Rey

vision numéro trois.

 

Projection publique festival des cinémas différents .

 

 

 

Etalonnage super dense . impec..

 

La trace , la marque , l’empreinte , c’est chose dite et faite . propos plus rugueux que jamais . « les petits bombons » ne sont plus des petits bombons : mais des touristes pétrifiés dans un bleu ou rose d’une frivolité mortelle .

qu’ est ce qu’on dit ?

« c’est un film à strates » « y a pas de paysage ».

 

Je ne sais pas si c’est un film à strates façon mille feuilles , en définitive ou s’il y « a un autre film sous le film ».

C’est un film extrêmement secret . parce qu’il est profond comme une mine ou un puit . il faut descendre au charbon ..

 

C’est bien sûr a propos du nœud travail/loisir

  Produire/ consommer

 

Installé sur la cupidité de l’histoire mondialomonde .

 

Mais c’est bien plus grave .

Il y a une métaphysique du film , sans pour autant que ce soit un film métaphysique. Une vision sourde , qui advient par la durée et par le paysage .

 

Une vision sourde de la destruction du monde . de la destruction au travail.

 

La durée extrêmement descriptive des séquences , ou il s’agit d’y voir « jusqu’ à la fin » ou bien d’attendre jusqu’à ce « qu’ils descendent » ou jusqu’à « ce que les déroulants soient finis » , ouvre à un temps qui est le temps de « faire les choses » le temps du LABEUR . où la tête est à ce qu’elle fait et exclusivement à ce qu’elle fait ,

et , où le paysage est ce que voit le regard occupé à faire : un vision parcellaire , tronquée , mutilée .

Ce n’est pas qu’il n’y a pas de paysage dans ce film, il y a celui du travail et du loisir, scrupuleusement scruté . Ce qu’il n’y a pas , et qui est le fait du film, c’est de hors -champ . et c’est ça qui est renversant .

 

Et c’est ça la métaphysique du film , le hors champ a disparu , nous sommes dans des espaces concentrationnaires , la machine- monde broie du temps et du travail , ça marne dans des chantiers crados et lourds , ça racle sur des pistes glacées paumées dans le brouillard où il n’y a rien a voir . Les écritures du patron se déroulent mécaniquement sur des pages sans échos dont le blanc ressemble a des parois phoniques , lorsque les lettres disparaissent en haut de l’écran.

 

Le hors champ , ici , est la voix , la voix même de celui qui filme , et qui raconte .

Elle ne dit pas un commentaire , qui clôturerait images et sons , mais cherche l’évocation de l’histoire qui coule dans leurs veines .

 

Images et sons dépassent la voix . Elle se tait . l’histoire est chassée . règne alors un silence catatonique , la bruyance des machines et du vent . le raclement des skis sur la neige dure …

  Il faudrait étudier précisément de qu’il arrive dans ces fragments abandonnés de la voix , rompus à ce silence ,

  Le regard de la voix ne se déprenant jamais de sa visée - toujours s’ajustant - quel rétrécissement abrupt ?

 

Elle se tait , et le hors-champ disparaît . disparu ce qui fait que l’on est quelque part dans un lieu du monde . nous passons ici dans un monde sans lieu . Un des premiers plans fixes revenant , le dit bien : devant la maison du patron un pan vertical de montagne , tronqué haut écran - mutilé .

 

Le hors champ disparu , le mouvement de destruction semble irréversible - il l’est - pas démontré - il s’opère - le regard ne le lâche pas –

Cette irréversibilité , plus qu’enfermement , est séquestration , incarcération , ( concepts chers a Paul Virilio ).. le temps allant , les habits semblent la peau , les bottes des sortes de pieds .. mutation ..

Et c’est même pas dieu qui a fait tout ça , c’est notre travail à nous . et voila.

 

On se prend a penser a Dostoïevsky , à ses univers compressés et glacés « des possédés » , agencés en blocs fermés et pétrifiés , aux « carnets de la maison morte » et ses hommes en cages étrangement indifférents..

SCHUSS ! est de cette trempe là , d’une veine sombre , se prenant à descendre au plus profond , afin d’aller durement faire le tours de nos enfermements durables .

Les portes ne sont pas closes , il n’y en a pas : belle image du totalitarisme radical : on pense , bien sûr à maintenant le monde libéral , au champs littéraire Dostoievskien , à la folle schizophrénie , les lectures s’imbriquent et se tissent très sérré .

SCHUSS ! n’est pas un chapitre de plus sur la lutte des classes , mais un film monde , dont le mouvement même dresse le portrait contemporain de la destruction .

A programmer un jour , avec le « détruire dit-elle » de Marguerite Duras .

 

M.R.

Décembre 2005 – Janvier 2006

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