Voyage à Istanbul...



Vient le moment où le jeu serait de mettre en place ,une fois

pour toutes, comme l'on dit , le temps du récit , d'organiser

l'imparable propos . ça se construit, commeune maison, ou

autre chose, on s'y met ... puis , au moment de finir ,cela ne

finit pas. on serait arrivé à destination ? où cela?

le temps de l'oeuvre? foutaise

Basculer . Virer de bord.

Lâcher le compte , et c'est le cinéma qui gagne,

Insuffle son récit du temps , comme le vent se lève et va.

on est en chemin.

se laisser emmener.

Le cinéma est nomade. Aller à l'aventure du temps, infiniment

inachevée , plutôt qu'à l'établissement d'une oeuvre à perpétuité.

Rien de sédentaire.

Aller avec ,

arpenter les rues , prendre les bateaux , être ce

qu'Istanbul est de vent , de roses mêlées aux stèles , de maisons

dégringolées sous les figuiers...

et les roses , les géraniums dans les bassines, les cartons ,

les seaux en plastique bleu..les chats dormant sur les terrasses

au soleil... les mouettes debout sur les cheminées.

elles tournent , tournent la nuit, haut dans le ciel autour des

minarets ... une ronde.. c'est une ronde...

..et l'image écrit la ville

que le temps précisément lui souffle. et les yeux écrivent

le temps.

La pellicule bruisse dans la caméra super8 , comme les feuilles de

peupliers par grand vent , les rythmes des mosaïques dans les cours

des mosquées de FENER...

..sur les chemins de cette langue

idéographique rêvée , perdue? à l'abandon plutôt,comme on le dit

d'un jardin lointain ,ou des outils de cinéma devenus sauvages.


Qu'en lirait-on?

....être ce qu'Istanbul est d'accueil et de nonchalance,

d'inquiétude fatale et souriante, de temps mêlés en labyrinthe..

être dans sa trace...

dans les jardins de la mosquée du Sultan Selim,

une brume …la lumière dorée, et des ombres ténébreuses. Il y a

un poudroiement soyeux dans les rayons du soleil.

la mosquée bleue à nouveau - une seul geste ample , haut

la grâce de l'esprit. C'est un envol ; aussi une infinie protection ,

une aile…. être sous son aile..

c'est une ronde ..

On passe , on repasse….

l'image se dépose.. et le temps s'en empare. Passe-passe un tour ,

et en retour , la langue du temps ,inscrite là.

argent - lumière .

..un chant arménien vient du port , effleure la

ville. Un musicien aveugle chante devant les bâteaux , en plein soleil.

....et les terrasses dégringolent.

Dans le délabrement , toujours les fleurs,les chats ,

les chats , les tapis battus , soignés , brossés , lavés , sèchent

sur les balcons , les murs... et le propre , la lessive sur le fil...

. ..puis à manger pour les oiseaux sur les places.


La pellicule bruisse dans la caméra super8 , au plus près de cette

langue trouée ,

prise au filet , elle monte au ciel ,

on lâchera le film , cerf-volant s'envolant au plus haut , il s'abat ,

s'envole encore.

une voile au vent

une page en écrire

Les temps se mêlent , oublis et survivances...

Les forces immatérielles de la mémoire sont un courant profond

un sang qui irrigue la ville et l'emporte. Bosphore , le film en

déroule le lit.

ce qu'il garde de récit.


Passage au crible

la pellicule crisse dans la caméra super8

le film recueille les signes et leurs absences , porte traces...


... être , au bord de la mer Noire , l'après-midi. Les dames

sont au café. Terrasses sous les platanes. Blond platine. lunettes

de soleil .Elles fument des cigarettes blondes.

Les enfants vont à l'école , tout en bleu , cols blancs , des

bouquets de fleurs pour la maîtresse. Ils s'arrêtent chez les flics,

mettent le nez dans une seule rose rouge , au pied de la porte bleue.

Les pêcheurs câlinent les chats , n'importe lesquels , tous;ils

leurs jettent du poisson par terre .

Dans l'enceinte des forces de marine , derrière la grille , deux

marins tout en blanc expliquent à deux chiens noirs et blancs ,

qu'il faut s'asseoir pour garder, les chiens gambadent , les marins

aussi...

..puis c'est l'heure du tric-trac pour les vieux Messieurs.

costumes anthracites , chemises blanches , cigarettes… la classe..


une ronde

une page une voile

on passe , on repasse , dans un sens puis l'autre ,

temps et récits

roses et stèles


et le temps toujours gagne , et prend le pas , au terme non d'une lutte ,

mais d'un souhaitable abandon ...

une aventure de navigation et d'écriture , une aventure plutôt qu'un

objet de plus. Il ne suffit pas d'accumuler les biens , voilà ce que dit

la pellicule qui bruisse dans la caméra super 8.

elle se déroule finit recommence...

  les mouettes s'engouffrent

follement dans les rues , frôlent les murs , insolentes , criantes.

Le vent emmène par bouffées des odeurs d'épices ,des cris d'enfants ,

et des klaxons très brefs.


été 2001

"La mer est un langage dont on a perdu le sens" J.L. Borges.

Vous voyez une version text de ce site.

Pour voir la vrai version complète, merci d'installer Adobe Flash Player et assurez-vous que JavaScript est activé sur votre navigateur.

Besoin d'aide ? vérifier la conditions requises.

Installer Flash Player